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Pensées de bord de mer (à Niolon)

⏱️ 2 minutes

Le paradis est là, sous nos yeux. Il ne tient qu’à nous de le laisser se refléter sur le miroir de nos âmes. Abandonnons nos esprits encombrés à la contemplation de la magnificence du monde,
théâtre du vivant.


Les sons de la nature sont parmi mes préférés. Ceux de l’eau : les gargouillis des ruisseaux, la respiration des vagues, le tambourinement de la pluie. Et puis il y a le vent. Plus particulièrement les bruits que le vent fait en traversant les ramures des arbres. Chaque essence produit un souffle unique. Les hauts peupliers dont la multitude de petites feuilles émet un crépitement puissant et régulier qui s’entend de loin. Celui que je préfère est le doux feulement des pins, surtout en raison des souvenirs qu’il charrie dans son souffle : les longues balades sur le sentier des douaniers, protégé du soleil estival par le treillis vert, les siestes océaniques, les paysages escarpés pétris
de roches claires et anguleuses penchées sur le tapis bleu, mouvant, de la mer, les icônes dont la silhouette solitaire se projette sur l’écran du ciel depuis un éperon rocheux. Souvenirs tantôt en
images, tantôt en odeurs.
 

Les branches des pins avec leurs copeaux d’écorce grise se contorsionnent pour offrir à notre regard un port gracieux où foisonnent de verts plumeaux agrémentés de petites pommes à écailles. Ils sont les ambassadeurs du monde végétal au cœur du minéral, du vert dans les gris, de l’ombre dans la clarté mate, de la fraîcheur dans la fournaise de l’été. Pies, passereaux et cigales y côtoient des cohortes de fourmis qui circulent en colonnes.
 

Journée ventée. Défiée, la mer fait le dos rond. Irisée, elle danse avec le vent de longues ondulations et prend une teinte plus foncée. Elle écume aux rivages pour prévenir les hommes qu’elle ne sera pas
docile, que seuls les plus courageux, les plus aguerris pourront goûter au tangage qu’elle impose à ses cavaliers.
 

Cheveux bruns, courts, yeux qui peinent à être sombres, corps fuselé gainé de satin, sourire franc qui dévoile de petites dents bien alignées. Jade est, entre deux fossettes enfantines, l’archétype de l’âme sœur qui hante ma vie. Elle a une jovialité instinctive sobrement atténuée par la timidité que sa jeune expérience lui impose. Jade aime tendre son corps gracile pour plonger dans la mer. Puisse la providence accompagner cette jeune femme tout le long de ce chemin de vie qui s’élance vers l’inconnu. Je ne sais dire quand, mais à un moment de ma vie, dans les premiers instants si ce n’est dans une précédente vie, j’ai fait le serment fou de retrouver une Jade à qui j’étais lié d’âme à âme. Quand je remonte à ce souvenir intemporel, un étrange sentiment m’envahit. C’est un peu comme
une ivresse, une suspension du temps, comme un vertige au bord du précipice. C’est l’expérience d’une intense présence immergée dans le présent.
 

Ce soir ma muse chante. Je suis réveillé par le bruit assourdissant du bonheur. Le ressac de mon cœur frappe les rochers de mes songes. Je voit la silhouette d’une Vénus posée à contre-océan. Elle
chante sa colère comme un aveu de tendresse, comme un appel à mes caresses, comme un consentement à mon amour. J’aime sa voix, son chant, sa détresse face à la puissance de l’amour qui la soulève. Ses yeux sont deux atolls, tantôt turquoises, tantôt gris quand un nuage s’accroche à ses cils. Son oreille délicate est un attrape-serments. Tout son corps est une île sauvage où je rêve de
naufrager. Mais elle ne veut pas dormir, je l’entends rugir dans mon sommeil, secouer mon corps endormi. Elle part, puis revient tambouriner des vers dans le silence de la nuit.